L’argent tient une place de choix dans notre societe. Synonyme de pouvoir et garant d’un certain confort de vie. On vous apprend tout petit que l’argent se merite et bien souvent il faudra le meriter. Nous y voila: l’argent se meriterait donc. Mais on vous dit aussi que c’est sale, qu’il faut se laver les mains apres en avoir manipule, car apres tout on ne sait pas trop dans quelles mains il a pu trainer avant.
On vous apprend aussi que les bourgeois en ont alors que les pauvres aimeraient en avoir suffisamment pour vivre decemment. On vous clame a la tele que le Telethon a besoin de vous, que sans votre argent la Recherche ne pourrait pas avancer. On lance des operations «pieces jaunes», des collectes pour la Croix Rouge contre un auto-collant. On vous vend des magazines pour aider les plus demunis a subsister. Parfois on vous lave de force votre pare-brise pour finalement s’indigner que vous n’ayez pas de monnaie sur vous, on vient vous chercher chez vous dans votre foyer pour vous vendre des calendriers (ca va venir rassurez-vous), bref: on en veut a votre argent, c’est quelque chose d’universel et de permanent…
L’argent a decidement une importance indeniable : il peut pousser au crime, l’argent peut pervertir, l’argent peut acheter, tuer, convaincre, l’argent finalement qui n’en voudrait pas plus?

Le poker est connu comme etant un jeu de truands parce qu’on y joue son argent et donc quelque part sa «vie», ce que l’on a gagne, ce que l’on a merite par ailleurs. J’ai eu l’idee d’ecrire cet article parce que je crois que le sujet est tres sensible, surtout pour ceux qui vouent une veritable repugnance a l’egard des «flambeurs» et sont epris de Justice.

Un objectif dominant?

L’argent, pour ce qu’il represente et pour son role dans notre societe, n’est pas l’objectif dominant au poker. Disons plutot que cela ne peut etre la motivation principale des joueurs, pourquoi?

Le Poker est un jeu de «somme zero», autrement dit la majorite des joueurs ne peuvent pas gagner sur le long terme.
Les joueurs qui ont investi du temps dans cette activite, ceux qui ont etudie et qui parviennent a en tirer le benefice, ceux la arrivent a faire des gains substantiels. Mais si l’on divise leur gain par le nombre d’heures de jeux (certainement plusieurs milliers), on s’apercoit que le gain horaire est ridiculement bas en comparaison des sommes risquees dans chaque partie… Quelques euros de l’heure tout au plus pour un joueur de bon niveau (tables a 30 ou 50 euros).
Mais le plus important, c’est que l’immense majorite des joueurs jouent chez eux, contre leurs amis. Ils ne veulent ni gagner leur vie de cette maniere, ni appauvrir leurs amis. Je vous parle bien sur de la classique partie du jeudi soir.

Mais alors quelle place tiendrait l’argent dans ce jeu ou dominent l’esprit de competition, la mise en avant de l’ego, et parfois un rite tres masculin?

L’argent des amateurs

Le poker ne fera pas de nous des millionnaires, nous n’esperons d’ailleurs pas ruiner nos amis dans nos parties du jeudi soir. Par contre, nous voulons nous prouver et prouver aux autres que nous sommes de bons joueurs de poker. Voici une motivation dominante: l’argent finalement ne sert qu’a marquer un score et souvent amener une certaine joie si l’on peut se payer quelques sorties ou un beau tournoi avec nos gains. Peu d’entre nous se fixent par exemple des objectifs de gains reguliers et mensuels… ceux qui le font dechantent assez vite.

Le cout du jeu

Vous le savez deja : le poker se joue entre joueurs et non contre la « maison ». Les joueurs se battent donc entre eux avec des cartes et pour gagner l’argent de leurs adversaires. Cependant, il y a un element qui ajoute une difficulte: si vous gagnez en moyenne 10 euros de l’heure et que vous devez payer 20 euros de droit de table, le poker vous coute finalement de l’argent, meme si vous etes «better than average». Ces frais sont legitimes et logiques: il faut payer les salaires du personnel, les frais de fonctionnement de la maison, les boissons gratuites – eux ne sont pas la pour s’amuser mais repondre a vos besoins – … Nous savons donc raisonnablement qu’en etant un joueur moyen, nous laisserons sur le long terme de quoi assurer la perennite du “casino”.
Mais le jeu a un autre cout: un peu plus vicieux. Il peut vous faire perdre du temps dans votre evolution professionnelle, vous detourner de vos priorites. Au final, comme tout loisir, le poker coute de l’argent a une majorite et agit comme un «passe temps».

Le «Sklanskysme» et la theorie des jeux.

La question est d’autant plus interessante que la grande majorite des livres sur le poker, a commencer par les bouquins de Sklansky, Malmuth et Zee, partent du principe que vos objectifs sont les suivants:

  • Gagner le plus possible sans risque.
  • Jouer differemment et surtout plus «technique» que vos adversaires
  • Adopter la strategie minimax

Seulement, il y a un probleme: au poker il y a des gagnants mais ils y a aussi des perdants. Et si cela peut sembler parfaitement evident mieux vaut bien avoir en tete que tout ce beau monde ne peux pas etre: «better than average».
De plus ces bouquins vous suggerent fortement de jouer dans des parties appelees «good games» ou l’on suppose une fois de plus que vous etes le «top player» et que ce sont toujours les autres les plus faibles.

Jacques a d’ailleurs ecrit un bon article expliquant comment choisir une partie de poker.

Imaginons un poker sans blind ou sans argent

Imaginons que l’on joue sans blind, ou que les antes soient si faibles qu’un joueur puisse attendre tranquillement d’avoir une main de premier ordre pour s’engager dans un coup. Cette strategie consisterait a se coucher plus de 9 fois sur 10… C’est ce que font des tonnes d’amateurs et quasiment tous les semi-professionnels… Ils jouent parfois si serre qu’ils ne sont pas franchement les bienvenus a une table, encore moins celle du jeudi soir entre potes.

Imaginons maintenant que nous jouions sans argent, mais seulement pour des points. L’attitude serait alors de gagner autant que possible en se moquant du reste, et d’inscrire un score pour marquer la performance d’un joueur. On sait que dans une partie entre «amis», personne ne va laisser plus d’un vingtieme de son salaire, cette somme correspond d’ailleurs a une tres mauvaise soiree pour le perdant, mais il s’en remettra surtout s’il a manque de chance.

Tout le probleme est que pour que le jeu soit interessant a jouer il faut que les mains jouees soient des mains relativement serieuses, que les joueurs puissent par le poids de l’argent faire plier un adversaire sur un bluff bien prepare. En d’autres termes, il faut un enjeu et il faut que le joueur tienne a ce qu’il a devant lui meme s’il sait qu’une main malchanceuse peut tout lui enlever en une donne.

Si le pennie’s poker peut etre attirant au premier abord pour son cote enivrant, tous les joueurs qui se mettent a tapis et regardent comme des dingues les cartes tomber et dicter leur loi… Tout ceci est loin de l’idee que je me fais du jeu que j’aime et de tout ce qui fait sa beaute et sa richesse.

C’est bien la que je reconnais le danger de ce jeu: jusqu’ou peut on raisonnablement aller quand il s’agit de jouer de l’argent qui par ailleurs pourrait nous servir a acheter une chemise, sortir au resto, aller voir un concert ou peut etre prendre un petit week-end de repos… A cette question je repondrais simplement ceci: «ne jouez que ce que vous etes dispose a perdre sans que cela mette en peril le deroulement de votre vie, vos projets, votre vie de couple…». Le poker n’est pas un jeu comme les autres: c’est un jeu d’argent ! A vous de savoir vous fixer des limites.